Misipawistik, MB

Grand Rapids

Notre terre, notre eau, notre vie

Introduction

La Nation Crie de Misipawistik se trouve sur la rive nord-ouest du lac Winnipeg et sur la rive est de l’embouchure de la rivière Saskatchewan Nord et du lac Winnipeg. Traditionnellement, les membres de la Nation Crie de Misipawistik considéraient leur communauté comme le centre géographique du Manitoba. La communauté est située à quelque 400 km au nord de Winnipeg. On y accède par l’autoroute provinciale no 6, le transport aérien et la navigation.

Historique

Des prospections et des fouilles archéologiques ont révélé que la Nation Crie Misipawistik a une longue histoire de pêche traditionnelle et que son territoire était un lieu de troc et de rassemblement. Des découvertes archéologiques de fragments d’os, d’artefacts et d’éclats de silex démontrent que, sur le plan historique, la culture de la communauté était stable et que son économie était fonctionnelle bien avant les cultures européennes (Mayer-Oakes, 1970).

La première présence documentée est celle de l’explorateur La Vérendrye. Celui-ci a établi le Fort Bourbon au pied des rapides en 1741. Ce fut le début d’une importante route d’échanges commerciaux avec les Européens donnant accès à tout l’Ouest. La Compagnie de la Baie d’Hudson a construit son premier tramway dans la communauté en 1877 dans le but de faciliter le transport d’équipement et de fournitures vers l’amont, puis en direction ouest (McCarthey, 1988).

On y a utilisé d’abord les traditionnels bateaux d’York, qui allaient être remplacés par les bateaux à vapeur, lesquels ont joué un rôle majeur dans la navigation sur le lac Winnipeg à la fin du dix-neuvième siècle. Cette industrie a créé de nombreuses possibilités d’emploi pour les gens de la communauté.

En 1875 a eu lieu à Grand Rapids la négociation du traité no 5 (un complément d’information suivra).

En 1886, le Capitaine William Robinson, de Selkirk, a lancé la Dominion Fish Company et la North West Navigation Company; ces entreprises sont à l’origine d’une pêche commerciale florissante qui se poursuit dans la communauté aujourd’hui encore.

Barrage hydroélectrique de Grand Rapids

La construction du barrage hydroélectrique sur la rivière Saskatchewan a commencé en 1960. Elle a malheureusement entraîné la destruction des rapides qui jouaient un rôle essentiel dans la communauté. Les effets s’en font encore sentir de nos jours. L’immersion du delta de la rivière Saskatchewan a submergé une superficie de 2200 km2 et détruit des territoires de piégeage importants, de même que le marais de Summerberry (Loney, 1987). L’industrie de la pêche a encouru des dommages du fait que le barrage fait obstacle au frai; de plus, la pêche commerciale a été suspendue pour un temps à cause de niveaux élevés de méthylmercure (Loney, 1995). Les terres et les eaux qui entourent la Nation Crie de Misipawistik ont été transformées à jamais.

Répercussions sociales

Les répercussions sociales de la construction du barrage ont été immédiates. Avec l’afflux de milliers de non-membres sont arrivés les effets préjudiciables de l’alcool et de la violence, ainsi que des tensions entre les membres de la communauté et les travailleurs. Le racisme est devenu une force active dans la communauté. Les membres de la Nation Crie de Misipawistik se sont retrouvés dans une situation inconnue, celle de parias de la société dans leur propre communauté, qui semblait ne plus leur appartenir. D’autres organismes et entités ont pris plus d’importance que leur propre système de gouvernance. La colonisation se poursuivant, les structures sociales se sont effondrées. Les modes de vie et les pratiques de santé traditionnels se sont perdus, et la valeur de la responsabilité collective pour la sécurité et le bien-être des familles et des enfants s’est désintégrée.

Ces capacités à récolter et à partager la nourriture avaient un sens culturel profond qui s’est perdu, occasionnant des répercussions sociales durables. Avec la perte de métiers traditionnels comme la pêche, la chasse et le piégeage, l’économie communautaire a été dévastée. Le vide ainsi créé a ouvert la porte à un déluge d’influences négatives. Des mesures de soutien social inusitées pour la communauté, comme l’aide sociale, ont été introduites pour compenser la perte de l’économie traditionnelle. Les familles ont développé une dépendance à ces mesures, se retrouvant ainsi dans un cycle de dépendance. On attribue la baisse de l’état de santé de la population à la transition aux aliments achetés au magasin et aux aliments préemballés. La faim est une triste réalité à cause du coût élevé de la nourriture dans la communauté.

Le sentiment d’impuissance qui résulte de cette situation laisse dans son sillage une perte d’estime de soi, un manque de confiance, un sentiment d’incompétence et d’insécurité, ce qui a entraîné une perte du sentiment d’appartenance à la communauté. L’influence des autorités externes a divisé les gens. Les familles sont séparées en fonction de leur lieu de résidence et des autorités qui le régissent. Les gens ont été séparés de leur rivière, qui était autrefois au cœur de la vie communautaire. Les luttes personnelles entre individus prennent le dessus et il ne reste plus de place dans leur vie pour les préoccupations communautaires. MAIS LE PEUPLE POURSUIT SA LUTTE.

Vie communautaire

La Nation Crie de Misipawistik a toujours été et sera toujours industrieuse et autosuffisante. On enseigne aux enfants à contribuer à la société dont ils font partie. Beaucoup sont revenus pour combattre et pour aider ceux qui sont dans le besoin et ressentent encore les effets de la dévastation.

Les membres de la communauté continuent d’utiliser la terre et l’eau pour gagner leur vie. Les membres de la Nation Crie de Misipawistik respectent les lois et les codes de comportement cris, qui comprennent le respect de toutes les formes de vie, les enjoignent de ne prendre que ce dont ils ont besoin et leur apprennent à assumer la responsabilité de leurs actions; les droits individuels ne sont limités que par ce qui porte atteinte à la communauté.

Quand nous étions sur le territoire, nous y allions en groupes familiaux. Nous y allions tous ensemble. Tout le monde savait qui était là, et chaque soir on s’assurait que tout le monde était revenu au camp. Pendant la journée, les gens partaient en groupe, personne n’y allait seul. Nous étions tous responsables les uns des autres. Il y en avait qui déterraient des racines, d’autres chassaient, d’autres encore prenaient de l’avance pour voir où l'on aménagerait le camp ensuite. Ils décidaient en groupe le soir dans quelle direction ils iraient le lendemain. Personne ne décidait seul où il irait, c’était important pour que personne ne se perde et pour qu’on sache où vous trouver si vous vous aventuriez trop loin. Il fallait tenir parole; on était responsables les uns des autres.

Pendant les excursions de la journée, on s’appelait d’un groupe à l’autre; alors, même si on ne pouvait pas se voir, on savait où les autres groupes étaient.

Tout le monde revenait au feu de camp, le soir; les groupes arrivaient un par un, jusqu’à ce qu’ils soient tous revenus. On ne relâchait pas la vigilance tant que tout le monde n’était pas autour du feu de camp. C’est alors seulement qu’on pouvait se reposer et s’amuser ensemble autour du feu de camp. Les gens racontaient des histoires de chasse et de pêche, ils parlaient du mode de vie qui les unissait. Ils riaient de leurs erreurs, donnaient des leçons aux jeunes, hommes et femmes s’encourageaient mutuellement. Puis, ils allaient tous se coucher jusqu’au lendemain, pour commencer une nouvelle journée.

Nous sommes tous des enfants de la Nation Crie de Mispawistik, et nous en sommes fiers, c’est la force qui nous unit. Grand Rapids est notre nation, notre communauté; nous pouvons en faire ce que nous voulons.

Pour y arriver, ce qui importe, ce n’est pas ce que nous regardons, mais ce que nous voyons!

Nous pouvons regarder les effets de la pauvreté, comme l’alcool, les drogues, la négligence, les familles brisées, les propriétés à faible revenu, les enfants abandonnés, les jeunes qui n’ont pas de but, différents modes de vie, et bien d’autres choses, mais c’est ce que nous voyons qui va faire la différence.

Voyons-nous ceux qui sont perdus et qui sont aux prises avec des problèmes?

Voyons-nous ceux qui sont délaissés, parce qu’ils manquent de formation, d’occasions et de soutien?

Voyons-nous ceux à qui on fait du mal, qui ont mal, qui ont besoin d’aide?

Voyons-nous ceux qui sont seuls dans le besoin?

Voyons-nous ce que nous devons faire pour aider ceux de notre communauté qui ont besoin d’aide, POUR QUE PERSONNE NE SOIT DÉLAISSÉ!

Voyons-nous les systèmes éducatifs qu’il nous faut pour aider ceux qui ont besoin de connaître la réussite?

Voyons-nous les logements, les installations de santé et de loisirs nécessaires à TOUS les membres de la communauté pour avoir une vie bien remplie, quel que soit le côté de la rivière où ils vivent?

Voyons-nous le pouvoir de chacun de nos membres d’en aider un autre à se relever et à marcher la tête haute, avec fierté et assurance, en santé et en possession de ses moyens?

Vous voyez-vous faire ça?

Voyons-nous nos enfants heureux et prospères?

Voyez-vous vos besoins et l’aide qui vous est offerte?

Il nous faut voir l’ampleur de la pauvreté dans notre communauté et être prêts à voir les besoins qui existent; êtes-vous prêts à faire votre part?

Population

Notre population est très jeune. L’âge moyen est de 21,7 ans. L’effectif total était de 1 753 personnes en mai 2012; 34 % ont moins de 15 ans. Et de ce nombre, 20 % ont moins de 5 ans.

Activité sur le marché du travail

La participation au marché du travail de la Nation Crie de Misipawistik est de 66,3 %. Le taux de chômage est toutefois de 32,7 %, par comparaison à 5,5 % au Manitoba.

Développement social

L’éducation dans la communauté reflète encore les effets d’événements traumatiques. Seulement 20 % des membres de la communauté ont fait des études postsecondaires; 59 % ont abandonné l’école secondaire ou des études postsecondaires. Seuls un peu plus de 33 % des membres de la communauté sont allés à l’école. Il y a encore beaucoup de décrochage, et ceux qui ont obtenu leur diplôme de fin d’études étaient prêts à tirer parti d’autres possibilités de formation. La lutte pour surmonter des problèmes de santé mentale et de toxicomanie est un désavantage majeur.

Cependant, de nombreuses nouvelles initiatives ont été mises en place. Un camp culturel, un centre de formation du University College of the North, des programmes d’emploi et de formation et d’éducation des adultes sont en place. Il y a également des églises, des pow-wows et d’autres options pour ce qui est de la santé spirituelle et mentale.

Gouvernance

La Nation Crie de Misipawistik est dirigée par conseil élu, qui comprend un chef et trois conseillers. Les élections ont lieu aux trois ans, aux termes d’un code électoral coutumier. Les élections sont déclenchées par le directeur des élections.

Développement économique

La Nation Crie de Misipawistik a un plan d’action communautaire où sont précisés un certain nombre d’objectifs. Les priorités de la Nation en matière de développement économique comprennent des infrastructures, telles de nouvelles entreprises commerciales en partenariat avec les Premières Nations avoisinantes. Les entreprises qui appartiennent à la Nation Crie de Misipawistik sont un magasin MCN, la station-service et café Pinesew, une société de développement, des télécommunications, des appareils de loterie vidéo, un restaurant; on note aussi un nombre croissant d’entreprises personnelles viables.

Orientations pour l’avenir

L’histoire de notre peuple en est une de travail acharné et d’autosuffisance. L’unité au sein de la famille et de notre communauté nous aidera à faire en sorte que personne ne soit délaissé, en termes d’éducation, de logement ou de santé et d’intégralité. Nous avons beaucoup souffert, mais nous n’en sommes que plus déterminés à ne délaisser personne. Nous sommes en mesure de relever le défi que représentent les problèmes auxquels la communauté est confrontée au jour le jour en reconnaissant les forces et la résilience qui découlent de notre culture et de nos valeurs.

Éléments clés du plan stratégique

  1. Éducation
  2. Modification des attitudes
  3. Soutien des membres de la communauté et des familles
  4. Valorisation de nos jeunes
  5. Vision et leadership communautaires

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